Quand le sage pointe la lune…

affiche.jpg

Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt,
présenté à Premier Acte (2006)

Mise en scène de Marc Doré
Écrit et interprété par Serge Bonin, Catherine Dorion et Nicola-Frank Vachon
Décor de Vanessa Cadrin et costumes de Virginie Leclerc
Montage musical et graphisme de Nicola-Frank Vachon
(DVD du spectacle disponible, contactez-nous)

Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt est un voyage vulgaire
et poétique dans nos contrées immédiates, une version kaléidoscopique
de nos vies et des remous du fond de nous. Car il y en a à la pelletée,
des bons remous humains, de la bonne pâte à singer, et on va s’en emparer! Comme disait probablement tel grand penseur perse : Il faut soumettre
au regard de Dieu toutes les pitreries du monde.

Photos

[splashcast JUXG4299HB]

Extrait vidéo

Critiques

Voir – 30 mars 2006 – Marie Laliberté

Funambulle

Qui est fou? Qui est sage? Quelle que soit la réponse, ce spectacle lumineux montre la lune – sa poésie, son isolement -, et touche l’indicible. Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt, création du Soucide collectif, réserve une des bien belles surprises de l’hiver théâtral.

Spectacle créé et interprété par Serge Bonin, Catherine Dorion et Nicola-Frank Vachon, mis en scène par Marc Doré, Quand le sage pointe la lune… offre un voyage dans l’univers de clowns attachants et railleurs, entre naïveté, ironie et inquiétude, rire et gravité. Difficile de résumer la pièce. Succession de tableaux, entre lesquels se tisse la trame de quelques thèmes récurrents, le spectacle s’organise surtout autour des trois acteurs et de leur alter-ego – le nôtre aussi – au nez tout rond. Avec une légèreté parfois étonnée, les clowns suaves campés par ces trois comédiens visent avec aplomb des questions graves: la mort, l’amour, la solitude, les dérapages de notre société occupée, individualiste et matérialiste. Tout ça, et plus, avec l’air de ne pas y toucher, dans un foisonnement d’images et de fantaisie, des morceaux de poésie pure et de récupération – à l’instar du très beau décor de Vanessa Cadrin, montagne d’objets hétéroclites, rebuts d’une société moderne gâtée, repue. Fil conducteur: le quotidien, ses petits gestes, qui nous ancre dans le réel et parfois, nous y retient.

Prologue sur une scène parodique où se succèdent les demandes – d’emploi? de subvention? – se butant constamment au refus catégorique, au nom des valeurs d’efficacité, de performance. Comme son envers, la scène suivante, véritable ouverture du spectacle, nous montre les clowns, trois fous magnifiques qui, avec musique et objets, installent un univers improbable – le leur -, étrange, rapiécé et éblouissant, dans lequel ils nous invitent à plonger. Le jeu clownesque et ses représentants, excellents, nous emmènent ailleurs, totalement, tout en nous parlant de nous, de notre vie, avec ses tristesses, ses mesquineries, ses éclats de rire et malgré tout, son émerveillement.

Malgré quelques scènes un peu moins réussies, cette création étonne, fait rire, interroge et émeut profondément. Quand le sage pointe la lune… a la beauté absurde du rêve, sa force prégnante et, comme lui, nous poursuit bien après le réveil par des impressions diffuses, mais combien précieuses. Et ne nous lâche plus.

Le Soleil – 25 mars 2006 -Jean St-Hilaire

Des nouvelles de la planète bleue

Facultatif à la naissance, le faux nez rouge est obligatoire à l’âge de raison, que dire à l’âge de déraison! C’est par convention qu’on ne le porte pas. La courte vue, l’amnésie, les pitreries et les turpitudes sévissent trop partout pour qu’on ne soit pas tous plus ou moins dignes du lumignon. Par complaisance et orgueil, nous réservons cette mission expiatrice aux clowns.

Trois représentants de leur confrérie font rapport au studio de Premier Acte jusqu’au 8 avril. Attention, c’est sérieux. Sous la direction avisée de Marc Doré, disciple de Jacques Lecoq qui a cartographié le gouffre entre la prétention et le «savoir-être» des humains, Serge Bonin, Catnerine Dorion et Nicola-Frank Vachon livrent une captivante anthologie personnelle des maux de l’âme et de cette verruqueuse planète que devient la nôtre.

En regard du fond comme de la forme, leur spectacle est très varié. Il intègre le mime, le clown et le bouffon, à ne pas confondre ces deux derniers, le bouffon étant ce clown défroqué passé maître dans l’art de faire souffrir comme de flatter les autres clowns. Il est aussi ironique, mordant même, un trait très bien inscrit dans l’enveloppe visuelle du spectacle. Loufoques, les costumes de Virginie Leclerc crient l’envie d’être original, le dilemme impossible d’être in en restant unique. Ce sont des accoutrements d’un clownesque réussi. Éloquent lui aussi, le décor de Vanessa Cadrin est une Gaïa au vilain teint, une Terre ployant sous les gadgets de la surconsommation et qui tend ses excroissances vers les cintres, comme en supplication. C’est un fouillis à l’image du flou intérieur de ses habitants.

Le morceau n’est pas toujours, loin de là, la thèse brutale et verbeuse que peut laisser croire notre description. On procède par évocation et suggestion dans plusieurs tableaux. Ainsi, la saynète entre un clown assis et suffisant et un clown debout et surmené parle t-elle clairement d’asservissement et de pauvreté sans jamais prononcer ces mots. Directe dans son évocation, très poétique, comme plusieurs passages de ce spectacle aux métaphores ardentes, celle sur le «soucide» établit avec une désinvolture bien dosée un lien transparent entre le désespoir suprême et le besoin d’amour.

Il y a des répits. Dans un numéro de mime tordant, Nicola-Frank Vachon dépeint l’effet produit sur un auditeur concentré et ultrasensible par un morceau de violon très modulé. Parfois, attitudes et mots accusent la cruauté, comme dans ce passage
où une vedette croise une vieille connaissance impressionnable.

De qui parlent ces clowns qui clavardent, déforment les mots, se répètent, associent les idées de façon farfelues; ces clowns et bouffon qui jouent la séduction, l’amour, le mensonge, la rupture, la solitude des «pas là», l’«individualite» et l’«écœurite» aigües, et qui par bribes de phrases assassines glorifient la consommation et sa frénésie, malgré l’assurance de ne jamais devenir «complets»? De qui parlent-ils sinon de nous?

Avec énergie, perspicacité et talent, ils braquent leur téléscope sur notre obsession de la conquête de l’inutile et notre habileté à rester aveugles à l’essentiel. Chaudement recommandé à qui attend du jeu théâtral qu’il déjoue les apparences.

Impact Campus – 28 mars 2006 – Josianne Desloges

Sweet Trash Clowneries

Les trois clowns de la troupe Le Soucide Collectif s’en donnent à cœur joie sur les planches de Premier Acte. Le spectacle Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt allie clowneries et cynisme dans des numéros aux thématiques sociales et humaines!

Marc Doré signe une mise en scène chargée et intelligente, c’est «exprès plein de trous, de manques, qui [nous] font une place». Les interprètes passent constamment du clown, mignon, un peu naïf, à fleur de peau, en manque chronique d’affection, à l’automate cynique, plus froid, plus rationnel et pathétiquement pathétique. Les «Là» et les «Pas Là» pour reprendre la magnifique fable finale de la pièce, racontée par la comédienne Catherine Dorion à une poupée qui lui ressemble étrangement.

Les sketchs en solo, en duo et en trio s’enchaînent à un rythme effréné. Quiproquo, triangle amoureux, jeux enfantins, saga bureautique, tout y est pour former un spectacle divertissant, varié et hilarant. Et en plus, on réfléchit ! Suicide (ou soucide), mort, maladie et névroses existentielles sont au cœur de la pièce éclectique qui nous parle de nous avec franchise, brusquerie, mais aussi avec beaucoup de sensibilité. Il faut voir les deux comédiens diagnostiquer une «individualité» à leur consœur! La scène où les trois personnages, corde de pendu et médicaments en guise de collier funèbre, se disputent pour mourir est, littéralement, à mourir de rire. Nicola-Frank Vachon livre une performance à couper le souffle lorsqu’il interprète une pièce de musique classique avec… son corps! Contorsions faciales, œillades dramatiques, gigue de babines, tout y est et le public est plié en deux.

Le décor de Virginie Leclerc, un amalgame d’objets et de meubles qui semble émerger du carrelage de boîtes de cartons, est une ressource inépuisable d’accessoires loufoques. Les comédiens utilisent tour à tour télévision, cuvette («le monde fait vraiment ch…!»), fauteuil (modifié habilement en vieille dame aplatie), poupée, cahier, seaux, alouette dans les dialogues et les pantomimes. Lorsque les différents seaux sont manipulés pour représenter une multitude de coïts (avec condom géant, crème fouettée et tout ce qu’on peut imaginer) l’absurde atteint son paroxysme.

Le spectacle Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt tient à la fois de la chronique sociale, du délire circassien et du pur plaisir théâtral. Les trois jeunes interprètes, aussi concepteurs des textes et délires, sont bourrés de talent. Le tout est poétique, comique, cynique et compose un joyeux fouillis bien huilé dont on sort exténué et revigoré.

Montheatre.qc.ca – 1er avril 2006 – Yohan Marcotte

Ce spectacle vous sert de la folie en vrac. Trois clowns de théâtre disjonctés font une ronde et nous entraînent dans leur univers d’aliénation et aussi de créativité. Le décor qui est une accumulation d’objets divers sert de tremplin à l’imagination des trois comédiens. Parfois leur jeu devient très visuel : on s’amuse à créer des images en assemblant la matière disponible sous la main. D’autre part, le délire est aussi de l’ordre du langage. Il y a, entre autre, cette séquence où on vante l’importance d’avoir du « pow » et à partir duquel son, on fabrique les jeux de mots les plus farfelus.

À cette folie s’ajoute le regard sur ce qui rend fou, ce monde installé autour de nous. Les relations humaines, la solitude, la bureaucratie, l’amour sont tour à tour les déclencheurs des mécanismes de survie du trio de clown. Passant de moments cabotins à des moments tendres et même émouvants, Serge Bonin, Catherine Dorion et Nicola-Frank Vachon portent ce spectacle avec brio, dévoilant toute la gamme de leur talent. Le public ressent le plaisir que ce trio éprouve à jouer ensemble. Eux-même créateurs du spectacle, ils ont un regard particulier et surtout une manière originale de représenter l’existence. Ils sont aussi bien à l’aise avec la panoplie de propos qui constitue la mosaïque de ce spectacle échevelé. D’ailleurs, bien que ce spectacle soit court, environ une heure trente, il gagnerait en vigueur en resserrant quelque peu le nombre d’escapades que trace ce texte non-linéaire. Une réorganisation des séquences pourrait être un atout afin de permettre une certaine montée dramatique plus concise. Dans le présent spectacle, on sent que la recette s’étire à partir des deux tiers de la représentation.

Tout de même, il faut féliciter le tonus qu’a su insuffler Marc Doré à la mise en scène de ce spectacle, incarné de façon simple et juste par les comédiens. Plusieurs petits détails qui sont autant de trouvailles, tel le fauteuil funéraire, mais surtout l’incontournable prestation de Nicola-Frank Vachon en chef d’orchestre qui « dirige » la musique à partir de l’expression de son visage. Un tour de force qui suscite des applaudissements bien mérités.

Parfois sombre et parfois lumineuse, cette production fait du bien à l’âme. Elle permet de se placer à proximité d’une légèreté qui n’a rien de simpliste. On ouvre beaucoup de fenêtres. Sans aller à fond de tous les sujets abordés, le spectateur rencontre de la matière à digérer pour quelques temps. Payez-vous du bon temps avec ces gens au regard innocent et pas bête.

Commentaires du public

(ces commentaires sont tirés du site voir.ca et de la boîte prévue à cet effet à la sortie de la salle)

Quand le fou regarde le doigt, le sage en profite pour décrocher la lune

Dès les premiers instants de cette pièce, l’énergie athlétique et artistique des acteurs se fait sentir, leurs présences herculéennes et les bizarres et farfelus jeux d’acteurs sont éblouissants et très amusants. Heureusement car le rythme du scénario est rapide, saccadé et souvent expéditif. Tel un spectacle pour enfants, l’humour est léger et les bouffonneries improvisées se multiplient à la vitesse de l’éclair. De façon magistrales et parfois même géniales; les pirouettes, les contorsions, les mimes musicaux où physiques, les sauts et les culbutes arrivent et coulent merveilleusement bien avec des sujets pourtant sérieux et même parfois des plus tragiques. L’un des acteurs/bouffons s’est presque mérité un standing ovation en plein milieu du spectacle. À la fois tordantes et déchirantes, les toiles de fonds de cette œuvre sont traitées en profondeurs avec des réflexions socialement réalistes et d’actualités. Consommation excessive, pollution, famille éclatée, sexualité délabrée, échec relationnel, absence parentale, suicide et pédophilie. Le décor d’entrepôt / dépotoir cadre à merveille avec les thématiques et les visées morales de cette production. J’imagine cette production jouée devant le plus de jeunes possibles sous forme de sorties pédagogiques et ce, organisées par les plus allumés des enseignants. Tout y est sauf bien sûr ces petites choses, celles-là même dont chaque jeune devrait vivre, apprendre ou rêver et à l’opposé des sujets traités, cette production mérite tout les Respects du monde.

Jean Girard

Le Masque de la meilleure production

Je m’attendais à autre chose mais j’ai eu mieux, bien mieux. Avec pour décor un tas de meubles et d’objets dignes d’un fond de garage, s’enchaînent entre eux des tableaux où un mot-clé nous intègre dans le prochain. En empruntant l’essence de la nature clownesque, le texte est complètement loufoque, absurde dans le bon sens, archi drôle où les jeux de mots sont légions. Notre grand Sol, Marc Favreau, aurait été fier d’eux. Le geste est proche de l’enfant dans sa naïveté et dans son extraversion.

On y traite de la surconsommation causée par de faux besoins matériels via les magouilles peu orthodoxes de certains individus peu scrupuleux, de la mort, des relations amoureuses, d’une pop-rock à l’égo gonflable se perdant à force de se prendre pour quelqu’un d’autre et dont ses proches ne reconnaissent plus, du suicide par la pilulaire ou par manque d’amour. Tout est présenté dans la légèreté et le drôlesque. La performance de Nicola-Frank Vachon, en chef d’orchestre mimant une musique classique, est totalement hilarante où toute la salle s’est bidonnée de son début et jusqu’à l’en l’applaudir à la fin.

Les 2 autres acteurs, Catherine Dorion d’un grand charisme et Serge Bonin me rappelant Gobelet, sont tout aussi excellents. La complicité entre eux est fluide et le plaisir qu’ils ont à jouer est palpable. Tous les autres qu’on ne voit pas on fait un excellent boulot. Courez vite voir ce petit bonheur et amenez vos ados. Ce serait la pièce toute désignée pour les introduire au théâtre. J’ai adoré et donne plus qu’un 5 étoiles !

Colette Babeu

Un fou sage

J’ai été emballée par les propos de la création Quand le sage pointe la lune, le fou regarde le doigt. Une pièce miroir de notre société de consommation dont on doit avoir la « sagesse » de rire pour ne pas virer fou. Des clins d’oeil sur la difficulté des relations, homme-femme, clowesque mais non moins très sérieux. Des envolées musicales, des bruits hétéroclites, un décor absurde, chargé et sale mais dont il faut être capable de saisir l’essentiel pour trouver un sens, un peu comme dans notre vie dans cette société matérialiste, pressée, tordue qui se cherche depuis la nuit des temps…sous le regard moqueur de la lune.

Jacqueline Laliberté

Douce folie grave aux accents absurdes aigus. Magnifiquement interprété. D’une grande beauté.

Jacques Roy, Québec

Hummph! Je suis soufflé! Merci de cette audace!

Ghislain Bédard, Limoilou

Tout plein de poésie, merci!

Geneviève Saladin, Québec

C’est complet, merveilleux, rigolo…une détente qui fait réfléchir.

Jessica Roy

Une Réponse to “Quand le sage pointe la lune…”

  1. operk Says:

    Good site!!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :